Imaginez-vous, confortablement installé.e.s dans une des rames du métro automatique de la ligne 14, laissant défiler sur votre téléphone les clichés : les vacances à Miami des un.e.s, les cours de yoga Ashtanga des autres. C’est finalement la story Instagram d’un couple d’influenceurs qui attire votre attention. Invités aux plus grands défilés de la Fashion Week de New York, ils sont bloqués à l’aéroport Charles-de-Gaulle. Vol annulé. Impossible de quitter le territoire. Ils vont alors rater les premières heures de l’ouverture de la semaine de la mode qui se tient dans les « Big Four », je cite : New York City, Londres, Milan et Paris. La Ville Lumière s’apprête à accueillir plus de 5000 personnes du 23 septembre au 1 octobre 2019 et clôture le rendez-vous mode le plus attendu de l’année. De Dior et Chanel, maisons historiques de haute couture à Kwaidan Editions et Mame Kurogouchi, jeunes marques de luxe, les créateur.rice.s présenteront leur collection de prêt-à-porter féminin printemps-été 2020 au cours de 76 défilés qui prendront place dans des lieux emblématiques parisiens.

Connue pour ses défilés spectaculaires, ses after party extravagantes, la profusion et l’excentricité, la Fashion Week de Paris fait le rayonnement international du pays depuis ses débuts en 1973. Dans les salons privés, créateur.rice.s français.e.s, dont Paul Poiret, souhaitaient présenter leurs pièces sur des modèles en mouvement. C’est ainsi que Paris devient la référence en matière de luxe et de mode tout en acquérant le statut légitime de capitale mondiale de la mode. Nourris par le mythe de la parisienne, les inconscients collectifs fantasment sur cette image, élégante et éternelle. Mythe qui prend vie, tous les 6 mois, au cours des Fashion Weeks. Toutefois, cette année, alors que tous les regards, fascinés, se posent sur les différents défilés et créations, le mien, sceptique, s’attarde sur les dessous de cet événement incontournable.

Luxe et fast fashion sont intimement liés

Sous les strass et les paillettes, les flashs et les visages figés des mannequins se cachent la sinistre industrie du textile et ses complices. Aussi bien créateur.rice.s que spectateur.rice.s, tou.te.s participent à leur manière, à perpétuer un modèle de production et de consommation qui s’épuise, engendrant pollution des airs et des eaux. Le compte à rebours est enclenché, les réseaux sociaux en sont témoins, nous ne pouvons plus faire marche arrière. Chaque année, le textile, secondant le pétrole sur l’inquiétant podium des industries les plus polluantes, continuent d’émettre 1,7 milliards de tonnes de CO2, de consommer 4% des ressources mondiales d’eau et d’utiliser près de 25% des pesticides mondiaux, essentiels à la production de coton. Malgré des constats de plus en plus alarmants, les habitudes de surproduction et de surconsommation persistent, uniquement 1% de nos vêtements est recyclé. Et ce rythme effréné est rendu possible par la Fashion Week. En effet, 2 fois par an, les plus grands noms de l’industrie, les plus grosses richesses mondiales et les influenceur.se.s les plus suivi.e.s se réunissent pour assister aux défilés et définir les tendances, ce qui est in et ce qui ne l’est plus. Les créations présentées ont une durée de vie courte et unique, et iront, à l’issue de la semaine de la mode, aux archives des grandes maisons de luxe. Toutefois, et c’est un des rôles principaux de la Fashion Week, ces défilés sont une source d’inspiration pour les mastodontes de la Fast Fashion. Oui, immortalisés sur les réseaux sociaux, ils impulsent les tendances aux enseignes comme Zara, H&M et Primark qui se chargeront de les rendre accessibles aux plus grands nombres à la saison prochaine. Et ce, par le biais d’ersatz, soit de sous-équivalents remplissant les mêmes fonctions que les originaux. La Fashion Week de Paris, tout comme celles de New York City, Londres et Milan, nourrit consciemment un modèle de fast-consommation car émettrice et modèle pour la Fast Fashion, qui continue, pour répondre à une demande croissante, d’exploiter et polluer.

Le flygskam n’a pas encore atteint la fashion sphère

Ne vous est-il jamais arrivé.e.s d’imaginer Anna Wintour, lunettes de soleil vissées sur le nez et carré strict emprisonné par un casque, sillonnant Paris et ses avenues à dos de trottinette électrique ? Sont attendues 5000 personnes dans les plus beaux lieux de la capitale. Soit 5000 personnes se pressant et s’empressant d’accéder au front row pour ne rien rater du dernier défilé Chanel. Alors que de plus en plus de citoyen.ne.s sont adeptes du mouvement écologique né en Suède : le flygskam ou la honte de prendre l’avion, les participant.e.s de la Fashion Week ne mesurent plus leur empreinte carbone. En effet, un aller-retour Paris-New York produit au moins 1 tonne d’émissions de CO2 pour un.e seul.e et unique passager.ère. Inutile de préciser que la majorité des invité.e.s de la Fashion Week de Paris sont étranger.ère.s. Ces dernier.ère.s se déplaceront, d’ailleurs, essentiellement en voiture dans les rues de la capitale. Des voitures, tout moteur allumé, aux chauffeurs qui n’hésiteront pas à maintenir un pied sur l’accélérateur, prêts à démarrer pour ne causer ni retard ni absence à leur passager.ère au prochain défilé. En effet, Paris ne déroge pas à la règle selon laquelle les défilés doivent s’enchaîner si ce n’est se chevaucher. Ainsi, les mannequins courent de catwalk en catwalk, défilant parfois pour 5 maisons différentes en une seule journée. Sans préciser les diktats très stricts auxquels ils/elles sont soumis.e.s. Après tout, il est très mal vu de manger pendant un défilé.

Une Fashion Week éthique, utopique ?

Il est vrai, Paris restera indéniablement la capitale mondiale de la mode, où tous les 2 mois, se produit le même schéma de production et consommation qui permet, à tou.te.s, de se rapprocher du mythe de la parisienne. Toutefois, les dérèglements climatiques engendrés par l’industrie textile ne peuvent plus être ignorés. Et dans un rôle précurseur, Paris ainsi que les 3 autres villes des « Big Four », doivent agir afin de changer les habitudes et de faire avancer la mode vers un modèle plus respectueux des êtres humain.e.s et de la planète. D’ici 2024, la capitale française souhaite devenir celle de la mode éco-responsable. Un tel bouleversement dans le secteur du luxe et de la haute couture prend du temps. Toutefois, des initiatives comme l’annulation de la Fashion Week de Stockholm le rende possible. Aussi, les habitudes de consommation évoluent et accordent une place grandissante aux valeurs et engagements des marques. C’est pourquoi, le luxe doit s’y adapter afin d’attirer des consommateur.rice.s de plus en plus conscient.e.s.

Chez CrushON, nous voulons rompre avec ce modèle de surproduction, à travers des alternatives éco-responsables telles que le Vintage et la seconde-main. Ainsi, nous croyons qu’une nouvelle façon de consommer la mode est possible, aux côtés d’acteur.rice.s et de consommateur.rice.s actif.ve.s et averti.e.s permettant la naissance d’une Fashion Week de Paris plus éthique, plus responsable et humble.